Izieu
Sabine Chwast est née à Varsovie le 13 janvier 1907, la dernière d'une famille polonaise de douze enfants. À dix-sept ans, elle décide de quitter la Pologne, et elle gagne la France en passant par Berlin et Bruxelles. Séduite [seduced] par la beauté de Nancy, c'est dans cette ville qu'elle s'installe pour y étudier l'histoire de l'art, à la faculté des lettres.
À Nancy, elle rencontre Miron Zlatin, ingénieur agronome [agronimic engineer], juif comme elle. Ils se marient le 31 juillet 1927. Ils achètent une ferme dans le Nord, à Landas, près de la frontière belge, dans laquelle ils travailleront pendant plus de dix ans à l'élevage des poussins [chicks, spring chickens]. La rue qui va à la ferme porte aujourd'hui le nom de Miron Zlatin.
Miron était une force de la nature, un précurseur dans sa manière de diriger son entreprise avicole [poultry farm] , avec quelque 24 000 oeufs dans les couvoirs [incubators]. Dans la ferme de Landas, le croisement [crossing] d'une poule blanche et d'une poule noire donne la "bleue de Hollande". Miron Zlatin est naturalisé sans en avoir fait la demande, par le Président Albert Lebrun et Jean Monnet, son ministre de l'Agriculture [à cause de ses capacités agronomiques].
Lorsque la guerre éclate, Sabine Zlatin pense qu'il faut "faire quelque chose". Elle s'inscrit à l'école des infirmières militaires [military nurses] , où elle reçoit une formation sommaire [hasty training]. Mais l'exode [exodus of civilian population from areas invaded by the Germans] pousse les époux Zlatin à fuir [flee] au sud. Miron Zlatin trouve une petite ferme dans la banlieue [outside of] de Montpellier, et Sabine propose ses services à l'hôpital militaire de Lauwe. Mais au bout de six mois, la direction la remercie [sends her away with thanks], en raison de [because of] ses origines juives.
On commence à parler des camps de regroupements [internment camps] de juifs étrangers, à Agde et Rivesaltes. Sabine Zlatin veut à tout prix pénétrer dans ces camps. Engagée comme assistante sociale [social worker] de l'O.S.E.[Oeuvre de Secours aux Enfants] le ler mai 1941, elle passe dans les camps d'Agde et Rivesaltes, avec pour mission de libérer les enfants. À chaque visite, elle est autorisée à sortir quatre ou cinq enfants, qu'elle remet ensuite entre les mains des services de l'O.S.E. Parfois, elle cache des enfants sous sa grande cape d'infirmière de la Croix-Rouge.
Au camp de Rivesaltes s'entassent [are piling up] des Juifs venus d'Europe centrale, qui supplient [beg] de sauver leurs enfants. Grâce à quelques chefs de service [department heads] de la préfecture de l'Hérault qui s'efforcent [push themselves] de régulariser les papiers, les enfants peuvent sortir et ensuite trouver refuge par l'intermédiaire de l'O S.E., chez des particuliers [in the homes of private citizens] , dans des couvents [convents] ou dans des homes [shelters, orphanages]. Par les Quakers, Sabine Zlatin fait évacuer des enfants en Amérique.
Ainsi, Sabine Zlatin effectue des navettes [shuttles] Agde-Montpellier plusieurs fois par semaine, avant de prendre la direction du sanatorium de Palavas-les-Flots au printemps 1942.
Dans les premières années de la guerre, l'itinéraire des enfants d'Izieu passe donc par les camps du sud, puis par les circuits et les maisons de 1'O.S.E. Sauvés de la déportation [to Drancy, then to the Nazi death camps] qui débute en 1942, ils restent néanmoins exposés, car le travail de 1'O.S.E. s'effectue [is carried out] dans des circonstances de plus en plus dangereuses.
Entre 1943 et 1944, des dizaines d'enfants seront raflés [rounded up] et envoyés à Auschwitz où ils seront assassinés.
Au printemps 1943, alors qu'elle a décidé de gagner la zone italienne, moins exposée, la préfecture de l'Hérault avise Sabine Zlatin que plusieurs enfants restent seuls à Campestre, près de Lodève, plus ou moins oubliés dans une maison d'enfants qui a fermé ses portes. On lui demande de prendre en charge ces enfants, et on lui conseille de les emmener à Chambéry, en zone italienne.
Sabine Zlatin, le personnel et environ dix-sept enfants quittent la maison de Campestre, tandis que Miron Zlatin part avec des enfants plus âgés à Vic-sur-Cère, près d'Aurillac. I1 rejoindra ultérieurement la maison d'Izieu, avec Théo Reis et Paul Niederman.
Aidée par un sous-préfet bienveillant [benevolent assistant prefect] , Pierre-Marcel Wiltzer,
Sabine Zlatin visite les maisons disponibles [available] dans l'Ain, et elle choisit la
maison d'Izieu.
Izieu est un tout petit hameau [hamlet] situé sur la commune de Lélinaz,
près de Brégnier-Cordon, dans le département de l'Ain.
La maison servait l'été à une colonie de vacances [summer
camp]. Sabine et Miron Zlatin décident de l'appeler "la maison des enfants
réfugiés de l'Hérault" Les enfants s'y installent au printemps
1943. Samuel Pintel, qui y a séjourné environ deux mois et demi
pendant l'hiver 1943, la décrit comme une imposante maison isolée
à flanc de colline [on a hillside], avec une longue terrasse sur le côté
et une balustrade en fer forgé. Un grand bassin [pond] se trouve sur
le devant, ainsi qu'une grange [barn] toute proche, dont l'étage [upper
level] a été aménagé en dortoir [dormitory] pour les garçons.
On y accède [one gets there] par une route étroite [narrow road] , très en pente [steep].
La secrétaire en chef de la sous-préfecture de Belley, Marie-Antoinette Cojean apporte une aide importante à l'installation de la maison: il faut des lits, des couvertures des tables, du linge... M. Wiltzer, quant à lui, obtient les cartes d'alimentation [food rationing cards] nécessaire à la colonie.
Les enfants viennent d'horizons divers [from various places]. Ils étaient seize ou dix-sept au départ. Ils seront plus de cent durant l'année d'activité de la colonie. Tous sont privés de leurs familles, internées ou déportées. Une fois installés dans la maison d'Izieu, ils retrouvent une vie plus paisible [peaceful] , grâce au dévouement [devotion] du personnel de la colonie, et à l'aide des gens de la région. Les enfants sont entourés [monitored], soignés [cared for], bien nourris [well fed], choyés [spoiled] par leurs éducatrices. Ils vont connaître quelques mois de répit [respite], jusqu'en avril 1944. Les lettres et les dessins qu'ils envoient à leur famille, et qui ont été publiés dans divers ouvrages sont un témoignage émouvant [moving witness] de ces quelques mois de bonheur.
En mars 1944, des incidents surviennent [impose themselves], que les
animateurs [directors] de la maison d'enfants interprètent comme
des signaux d'alarme. La maison compte alors quarante-quatre enfants.
Il est alors décidé de les disperser. Sabine Zlatin
part le 2 avril pour Montpellier, où elle a de nombreux contacts et relations [acquaintances], afin d'y trouver des points
de refuge pour les enfants. Elle avait prévu de rentrer à Izieu le 6 avril afin de passer
les vacances scolaires de Pâques [Easter] avec les enfants, avant la dispersion qui doit commencer le mardi
11 avril.
Le 6 avril était le jeudi saint [Maundy Thursday]. En ce jour férié [holiday], les mesures de sécurité se sont un peu relâchées [relaxed]: personne n'a fait le guet par la petite lucarne [no one kept watch at the little round upper floor window], et la cloche d'alarme n'a pas sonné. Vers huit ou neuf heures du matin, tandis que le chocolat est servi dans les bols, des Allemands en uniforme font irruption [burst into] dans la maison. Deux camions sont là, accompagnés de voitures légères avec des soldats S.S. et des hommes de la Gestapo. Les enfants sont entassés [gathered up], jetés brutalement dans les véhicules. Seul, Léon Reifman, moniteur [counselor], âgé de trente ans, réussit à sauter [jump out of] par une fenêtre et à se cacher.
Sabine Zlatin est prévenue aussitôt [immediately alerted] par un télégramrne "codé": "Famille malade. Maladie contagieuse. " Elle comprend immédiatement et se rend à Vichy et à Paris pour faire son possible afin de faire libérer les enfants et le personnel de la colonie. Ses efforts sont inutiles.
Les enfants et les adultes raflés [rounded up] à Izieu furent conduits à la prison du fort Montluc, à Lyon, où ils passèrent la nuit, avant d'être transférés en train, à Drancy, où ils parvinrent [arrive] le 8 avril 1944. Trente-quatre d'entre eux en repartirent le 13 avril, avec quatre adultes de la colonie, par le convoi n° 71. Ils arrivèrent à Auschwitz-Birkenau, où ils furent gazés dès l'arrivée, à l'exception de Léa Feldblum qui, en 1945, sera la seule rescapée [escapee] de la colonie d'Izieu. (Simone Jacob, devenue Simone Veil, [famous French author and politician, first President of the European Parlement, French Minister of Health and other important posts] faisait également partie du convoi 71).
Les autres enfants quittèrent Drancy par les convois suivants...l Seul Miron Zlatin, Théo Reis et Arnold Hirsch partirent avec le convoi n° 73, en Lituanie puis en Estonie. Après la rafle des enfants, Sabine Zlatin cherche à s'employer dans la Résistance. Dans les premiers mois de 1945, se pose la question du retour des déportés. L'hôtel Lutétia à Paris, est réquisitionné pour servir de centre d'accueil, et Sabine Zlatin en est nommée directrice. Il faut réunir [assemble] une équipe médicale pour contrôler 1'état de santé de chaque déporté rentrant, leur fournir des vêtements, leur apprendre à se réalimenter progressivement [slowly nourish themselves back to health], rechercher et prévenir [alert] leurs familles.
Dans le hall [lobby] de l'hôtel Lutétia, de grands panneaux [panels]
ont été installés, sur lesquels les
familles ont placé des photos, indiqué les noms de ceux qu'elles
espèrent voir rentrer. Sabine
Zlatin y a mis les photos de son mari, de Théo Reis et d'Arnold Hirsch.
Un jour, un homme s'est
approché d'elle. C'était un survivant [survivor] du convoi n° 73, et
malheureusement, il savait dans quelles
conditions avaient disparu Miron Zlatin et les deux adolescents....
_____________________________
26 Notamment "Les Enfants d'Izieu, une tragédie
juive ' Serge Klarsfeld, Paris, FFJDF, 1984, et "Le voyage sans retour
des Enfants d'lzieu' par Catherine Chaine, éd. Gallimard.